La peste de 1720

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Quel que soit son pays, quel que soit son époque, l’homme a du faire face à des situations complexes, à des événements sur lequel il n’a aucun contrôle. C'est le cas des épidémies. Depuis l’Antiquité, il y a bien un fléau redouté parmi tous : la peste. En Provence, le XVIIIe siècle débute par trois décennies très rudes. 1709 est une année de grande famine au point que les plus pauvres mangent des racines ; 1729 connaît un hiver rude qui fait geler le vin dans les tonneaux et tue les oliviers… et entre temps me direz-vous ? Le fléau tant redouté ; celui dont on « fête » aujourd’hui les 300 ans : 1720, la peste de Marseille.

Mais comment ce fléau est-il arrivé ? On sait qu’en Orient, la peste est à l’état endémique. C’est une maladie présente tout au long de l’année, récurrente. Mais comment fait-elle pour passer de l’Orient à la Provence, où l’on n’avait plus vu la peste depuis tant d’années ?

Le Grand Saint Antoine, le bateau qui amena la mort dans le vieux port

C’est un vaisseau à 3 mâts de type flûte hollandaise, son capitaine est Jean-Baptiste Chataud ; parti pour son dernier voyage vers l’Orient le 23 juillet 1719 et le 25 mai 1720, le Grand Saint Antoine est de retour en rade de Marseille, apportant de son long voyage, qui l’amena jusqu’en Syrie, une importante cargaison de textiles pour le compte de négociants marseillais.

Colbert accorda en 1668 à la ville de Marseille le monopole du commerce avec le Levant.

Flûte

Une flûte, navire de charge typique du XVIIe et XVIIIe siècle, à l'image du Grand-Saint-Antoine © Nicolas de Poilly (1626-1686) / Public domain

Entrée du port de Marseille

L'Entrée du port de Marseille (1754), Musée du Louvre © Joseph Vernet / Public domain

Au cours du voyage huit personnes sont mortes de la peste. Chargé de 700 balles de cotons, soieries précieuses de Damas, de chafarcanis et de laines d’une valeur de 100000 écus, une véritable fortune pour les armateurs du bateau. La plus grosse partie du chargement appartient au premier échevin de la ville, Jean-Baptiste Estelle.

A cette époque, Marseille, qui compte 100000 habitants, subit une crise économique très grave. La banqueroute de Law a ruiné de nombreux négociants et artisans. La cargaison du Grand Saint Antoine est une promesse de travail pour les portefaix et les ouvriers du textile. De plus, la foire de Beaucaire, qui va se tenir dans la deuxième quinzaine de juillet, représente un débouché important pour les commerçants marseillais.

Foire de Beaucaire
Foire de Beaucaire, gravure colorée du XVIIIe siècle © http://www.nimausensis.com/rochefort/RocFoire.htm / Public domain
Portrait réalisé vers 1750 de l'échevin Estelle, premier échevin de Marseille durant le grande peste de 1720 © Robert Valette / CC BY-SA

Le 20 juin, on enregistre la mort de la première victime : c’est une couturière de la rue de l’Echelle. D’autres décès suivent. Mais pour ne pas affoler la population et ne pas entraver le commerce, les autorités marseillaises refusent d’admettre l’existence de la peste. Aussi la maladie se propage comme une trainée de poudre.

Le 31 juillet 1720, seulement 67 jours après l’arrivée du navire, les autorités annoncent que la peste sévit dans la ville et va se propager très vite bien au-delà de Marseille. L’ordre donné, le 28 juillet, par le Régent Philippe d’Orléans de brûler le navire et sa cargaison ne fut exécuté que les 25 et 26 septembre 1720 et la peste eut le temps de s’étendre en Provence et Languedoc. Elle ne fut totalement éradiquée qu’en janvier 1723, avec un bilan effroyable d’environ 100 000 morts sur les 400 000 habitants que comptait la Provence à cette époque.

Vue du Cours Belsunce pendant la peste de 1720,

Vue du Cours Belsunce pendant la peste de 1720, musée des beaux-arts de Marseille © Michel Serre / Public domain

En 1978 une équipe spécialisée dans l’archéologie sous-marine découvre les vestiges de l’épave calcinée au nord de l’île de Jarre. L’ancre du Grand-Saint-Antoine, repêchée, a été conservée depuis 1982 dans de l’eau de mer. Restaurée en 2012, elle pèse près d’une tonne, avec une verge de 3,80 mètres et des pattes de 2,50 mètres. Elle est installée aujourd’hui à l’entrée du musée d’histoire de Marseille.

Navire incendié
Navire incendié à l’ancre, à l’image du Grand-Saint-Antoine © Wenceslaus Hollar / Public domain

Ancre du Grand-Saint-Antoine

L'ancre du Grand-Saint-Antoine © Veromicha (d • c • b)

Qui dit épidémie, dit recherches, et donc ouvrages, dessins, etc. On a gardé beaucoup de traités de médecine et de gravure des médecins depuis le Moyen-Âge, et ceux-ci vont s’étoffer au cours des siècles. Si les médecins de la peste sont restés en mémoire au milieu de tout le reste, c’est par leur accoutrement très particulier.

Le terrifiant costume des médecins de la Peste

Cette austère tenue n’avait pas pour seule fonction de faire planer l’ombre de la mort au-dessus des lits des patients visités. Elle devait surtout protéger les médecins des miasmes de la maladie.

À une époque où les mécanismes de transmission des germes étaient encore inconnus, les médecins pensaient que la peste se propageait dans un air devenu toxique, ce qui pouvait créer un déséquilibre dans les humeurs ou les fluides corporels de leurs patients.

L’uniforme comportait un ensemble tout en cuir de la tête au pied qui constitue une armure efficace contre les puces qui fuient l’odeur de bête ; un masque en forme de bec de Corbin (Corbeau) et rempli d’herbes médicinales, d’épices et même d’une éponge imbibée de vinaigre des quatre voleurs devient alors un genre de filtre contre les mauvaises odeurs et les miasmes. Le médecin possède également une tige pour examiner les malades et éloigner les plus désespérés et agressifs ; des gants en peau de chèvre, un haut-de-forme et des besicles pour protéger les yeux.

L’uniforme des médecins contre la peste a été conçu pour les protéger de la contamination et limiter ainsi la propagation d’épidémies de peste.

Médecin durant une épidémie de peste à Rome au XVIIe siècle (gravure de Paul Fürst, 1656) © I. Columbina, ad vivum delineavit. Paulus Fürst Excud〈i〉t. / Public domain

La médecine de cette époque n’était pas très scientifique, on est encore dans la médecine que dénonçait Molière en son temps où les médecins soignaient les maladies à grand coup de purge et de saignée qui n’avaient que pour résultat d’affaiblir encore plus le malade.

Lors des grandes épidémies de peste, les villes embauchèrent une nouvelle race de docteurs, appelés médecins de la peste, qui étaient soit des professionnels de second ordre, soit de jeunes médecins avec une expérience limitée ou bien même qui n’avaient aucune formation médicale certifiée du tout.

Ce qui était important, c’est que le médecin de la peste était prêt à s’aventurer dans les régions touchées par la pandémie et à comptabiliser le nombre de cadavre.

Mais que peut faire une médecine qui en est à ses balbutiements face à ce fléau ? Le médecin est-il le véritable recours ? Dans un monde chrétien qui explique chaque élément de la vie par le prisme de sa religion, Dieu ne serait-il pas le meilleur recours ?

Saint Roch au secours des pestiférés

La science et la médecine sont impuissantes à comprendre, expliquer, et éradiquer le mal. Aussi la peste de Marseille en 1720 est ressentie comme un châtiment de Dieu.

C’est ainsi depuis le Moyen-Âge pour tout événement sur lequel l’homme n’avait alors aucun contrôle (famine, disette, guerres, maladies, etc.)

Mais si Dieu est celui qui punit l’homme coupable, il est aussi le seul qui puisse le sauver. Implorer Dieu, souvent par l’intermédiaire de ses saints est le dernier espoir des gens dans le malheur. Le saint le plus prié en temps de peste est Saint Roch. Il serait né à Montpellier vers 1350. Lors d’un pèlerinage à Rome il aurait guéri des pestiférés. Malade à son tour, il aurait été soigné par un ange et secouru par un chien lui portant chaque jour un pain. Il mourut le 16 août 1379 à Voghera en Italie.

Saint Roch
Saint Roch, Palmi (Italie) © Palminellafede / CC BY-SA (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)

Guérison de saint Roch

Livre d'heures à l'usage de Chalon, Guérison de saint Roch ; bordure extérieure ; initiale ornée (Bibliothèque municipale de Lyon, Ms 6881) © Domaine public

La prière à Saint Roch était :

Accablés de malheurs, entourés de la peste
Grand Saint Roch nous ne craignons rien,
Et rien ne nous sera funeste
Si vous êtes notre soutien.
Secourez ce peuple chrétien,
Et venez apaisez la colère céleste,
Mais n’amenez pas votre chien,
Nous n’avons pas de pain de reste

Suite à sa grande dévotion lors de la peste de Marseille, nombreux sont les oratoires, chapelles, rues qui portent encore aujourd’hui son nom dans toute la Provence.

Lors des épidémies de peste, il fallait revenir à une pratique exemplaire de la morale chrétienne. Il faut profiter des indulgences et autres moyens que l’Eglise propose pour mériter la miséricorde de Dieu. Il faut éviter toute occasion de scandale et de libertinage, donc défendre à tout musicien de jouer publiquement, interdire des divertissements, les mascarades, et les carnavals. (Au cours de cette fête, le peuple, une fois par an, pouvait dénoncer en les singeant les puissants de ce monde. L’Eglise saisissait ainsi l’occasion de prohiber une coutume qu’elle tolérait difficilement.)

On retiendra toujours les grands hommes, leur nom restera gravé à jamais dans des livres, sur des stèles, etc. Mais que fait-on de ceux qui n’ont pourtant pas démérité mais dont seul un panneau de rue rappelle le nom ? Ils ont été quelques-uns à aller auprès des malades, auprès des morts, pour essayer d’endiguer l’épidémie ou tout simplement prêter secours. Voici l’un d’eux…

Chevalier Roze (1675-1733), le héros de la peste de Marseille

Son nom est très connu des Marseillais, mais son histoire l’est peut-être moins.

De son vrai nom Nicolas Roze, il est né en 1675 à Marseille. Il faut attendre 1720 et la grande épidémie de peste qui touche la ville puis la Provence pour que ce noble fasse parler de lui.

A Marseille c’est l’hécatombe, au pic de l’épidémie, il mourait environ 1000 personnes par jour que l’on laissait dehors en attendant les tombereaux.

Chevalier Roze

gravure du Chevalier Roze tirée de Paul Gaffarel et le marquis de Duranty, La Peste de 1720 à Marseille & en France, Perrin et Cie, Paris, 1911 © The original uploader was Christophe.moustier at French Wikipedia. / Public domain
Chevalier Roze à la Tourette
Le chevalier Roze déblayant la Tourette au plus fort de la peste. Peinture de Michel Serre © Michel Serre / Public domain

 

Il existait au niveau de l’esplanade de la Tourette, c’est-à-dire la zone comprise entre la Major, le fort Saint Jean et la mer, un endroit difficilement accessible pour les tombereaux, un gigantesque amas de cadavres en décomposition poussés là depuis des semaines car impossible à évacuer ailleurs par les moyens habituels. Nicolas Roze va proposer de se charger de la besogne. A la tête de forçats il va réussir à nettoyer rapidement le lieu en utilisant des cavités anciennes qu’il découvrit sous l’esplanade.

La grande majorité des forçats auxquels on avait promis la liberté en échange de leur participation, n’en profitèrent pas et moururent très vite de la peste. Nicolas Roze en fut atteint aussi mais il en guérit après une longue convalescence.

Le chevalier Roze et les échevins
Tableau de Magaud : Le chevalier Roze et les échevins © Robert Valette / CC BY-SA (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)
Avis au public de 1720 concernant l'enlèvement des cadavres morts de la peste
Avis au public de 1720 concernant l'enlèvement des cadavres morts de la peste © The original uploader was Christophe.moustier at French Wikipedia. / Public domain

Durant cette tragique période, il aurait même organisé le ravitaillement de la ville et créé un hôpital.

On connaît peu de choses sur sa vie. Il n’a en effet jamais eu de fonctions officielles ; on verra qu’il a toujours agi en volontaire, que ce soit comme soldat ou comme simple citoyen et il n’a laissé que très peu de traces écrites.

Nicolas Roze mourut le 2 septembre 1733, il habitait alors rue du Poids de la Farine, un immeuble de quatre étages. Il fut inhumé dans l’église Saint Martin. Il était âgé de 58 ans et il laissait peu d’argent : 2656 livres. Il n’eut pas de funérailles officielles.

Il aura une reconnaissance tardive, puisqu’il fallut attendre 1885 pour que soit inauguré un buste à son effigie installé sur l’esplanade la Tourette. Une rue du 2ème arrondissement de Marseille porte son nom ainsi que le virage sud du stade Vélodrome, et à Marseille cela veut dire beaucoup…

Buste du chevalier Roze
Buste du chevalier Roze à Marseille © Jean-Baptiste Hugues / CC BY-SA (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/)

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